Communiqué de presse: Finance responsable

Paris, le 9 novembre 2021

« ESG-washing » : des chercheurs dénoncent une dérive de l’industrie financière et plaident pour une meilleure régulation.

Existerait-il une différence entre ce qui est dit (de jure) et ce qui est réellement fait (de facto) en finance ? Des chercheurs de l’Initiative de Recherche “Gestion du Risque et Stratégie d’Investissement”, une initiative jointe de l’Institut Louis Bachelier et insti7, se sont penchés sur la question en étudiant le marché de l’Investissement Socialement Responsable (ISR).

L’ISR est un “concept polymorphe et parfois difficile à appréhender” selon un rapport de l’Autorité de Marchés Financiers (AMF) publié en 2015. Dans un article de recherche publié dans la revue scientifique Risks, l’équipe de recherche montre qu’il existe une différence significative entre le positionnement ISR d’un fonds commun de placement (marketing de la société de gestion ou label délivré par un tiers) et les investissements effectivement réalisés (les actifs détenus au sein du portefeuille).

L’étude, basée sur une méthodologie économétrique innovatrice (panel non linéaire) et une base de données unique, met donc en garde les investisseurs sur cette dérive de l’industrie financière. Mais les chercheurs vont plus loin: si la catégorisation des fonds conventionnels / ISR est biaisée, qu’en est-il du débat portant sur l’impact de l’ISR sur la performance ?

Ici encore les chercheurs font mouche en montrant que l’impact sur la performance est conditionnel à la classification extra-financière des fonds. Conformément à la théorie financière, il ne coûte rien (au frais de gestion près…) de seulement dire que l’on investit de manière responsable. Cependant, investir en suivant une éthique induit une pénalité sur la performance financière car cela revient à rajouter une contrainte extra-financière à la gestion.

La conclusion des chercheurs est sans appel: les investisseurs particuliers et institutionnels doivent se méfier des apparences. Marketing ou labels ne riment pas forcément avec éthique. L’asymétrie d’information sur le marché de l’ISR, alimentée par certains gérants, ne peut être réduite que par une régulation adéquate.